Il y a des domaines viticoles qui produisent du vin. Et il y a des domaines qui vivent avec leurs vignes. Di Filippo appartient clairement à la deuxième catégorie.
À Cannara, à mi-chemin entre Torgiano et Montefalco, au cœur de l'Ombrie, 30 hectares de vignes s'étendent face aux collines d'Assise, baignés d'une lumière douce et permanente que les Ombriens appellent la luce verde — la lumière verte. C'est ici que Roberto et Emma Di Filippo ont construit, brique par brique et conviction par conviction, l'une des cantines les plus singulières d'Italie centrale.
Tout commence avec une décision radicale
L'histoire du domaine commence il y a une quarantaine d'années avec Italo et Giuseppa Di Filippo, qui quittent la ville pour s'installer à la campagne. Passion, respect, amour — ce sont les trois mots que la famille Di Filippo pose au cœur de son travail. Pas une posture marketing : une philosophie héritée et transmise à leurs enfants Roberto et Emma, qui conduisent aujourd'hui le domaine avec la même intensité.
Le tournant décisif arrive en 1994. Devant les dérives d'une viticulture de plus en plus chimique et industrielle, Roberto Di Filippo prend une décision qui détonne à l'époque : convertir l'intégralité du domaine en agriculture biologique. Pas pour suivre une mode — la mode du bio n'existait pas encore dans les campagnes ombrienne — mais parce qu'il a la conviction profonde que des raisins d'exception ne peuvent naître que d'un sol vivant, respecté, nourri.
Les oies arrivent dans les vignes
Puis vient 2008. Di Filippo franchit un nouveau cap en adoptant la biodynamie — un système qui va encore plus loin que le bio, en travaillant avec les rythmes naturels, les préparations végétales, et une approche holistique de l'écosystème viticole. Et avec la biodynamie arrivent les animaux.
Une centaine d'oies est lâchée chaque printemps entre les rangs de vigne pour désherber naturellement et fertiliser le sol. Ce n'est pas anecdotique ni pittoresque : c'est fonctionnel. Les oies remplacent les herbicides, brassent la terre en surface, restituent une fumure organique de qualité. Elles font un travail qu'aucune machine ne peut reproduire avec la même précision et le même respect du sol. Et elles le font en silence, à leur rythme, sans compacter la terre.
Il y a dans ce choix quelque chose qui résonne particulièrement à Cannara. Le domaine se trouve non loin du site de Pian d'Arca, où saint François d'Assise aurait prêché aux oiseaux il y a huit siècles. Coïncidence ou continuité ? En tout cas, les oies de Di Filippo semblent avoir compris le message.
Les chevaux reviennent labourer
Les oies ne sont pas seules. Depuis 2009, une partie croissante du domaine est travaillée au cheval, avec la volonté d'étendre progressivement cette pratique à l'ensemble des 30 hectares.
Roberto Di Filippo a conduit une analyse comparative avec l'Université de Pérouse pour mesurer ce choix autrement qu'avec des arguments romantiques. Le résultat est contre-intuitif : travailler le sol au cheval coûte plus cher à l'hectare qu'au tracteur en apparence, mais la part qui revient directement à l'agriculteur est presque trois fois plus élevée. Sans carburant, sans entretien mécanique lourd, et surtout sans dégrader ce capital invisible qu'est la structure du sol.
Car c'est là l'essentiel. Un sol non compacté respire. Il draine mieux, retient mieux l'eau, abrite une vie microbienne riche et diversifiée. Et cette vie microbienne nourrit la vigne d'une façon qu'aucun engrais de synthèse ne peut imiter. Le cheval, paradoxalement, est la décision la plus moderne que puisse prendre un vigneron en 2025.
22 espèces de plantes entre les rangs
Les oies, les chevaux — et les plantes. Pas moins de 22 espèces végétales différentes sont semées entre les rangs de vigne. Certaines fixent l'azote dans le sol. D'autres attirent les insectes auxiliaires qui luttent naturellement contre les ravageurs. D'autres encore protègent les coteaux en pente de l'érosion. Ensemble, elles construisent un écosystème entier — vivant, complexe, autonome — autour de la vigne.
Depuis l'introduction des chevaux et des oies en 2009, Di Filippo a réduit de moitié sa consommation d'énergie fossile sur le domaine. Un chiffre concret, mesurable, qui dit mieux que n'importe quel discours ce que signifie vraiment s'engager en biodynamie.
Emma et Roberto — deux visions, une même conviction
Roberto est l'architecte de cette philosophie agricole. Emma, sa sœur, en est l'ambassadrice et le visage public. Ceux qui ont visité le domaine témoignent de la passion qu'elle transmet lors des dégustations — une façon de raconter les vins qui transforme une simple visite en expérience mémorable.
Di Filippo propose d'ailleurs des promenades en calèche entre les vignes au coucher du soleil, avec dégustation et produits locaux. Une façon de comprendre de l'intérieur ce que biodynamie veut dire, sans conférence ni jargon — juste un écosystème vivant qui se laisse traverser.
Ce que tout ça donne dans le verre
On pourrait penser que toutes ces pratiques sont surtout de la communication verte. Mais la biodynamie a un impact direct et mesurable sur les vins.
Un sol vivant et non compacté permet aux racines de plonger profond — parfois plusieurs mètres — pour aller chercher des minéraux et des éléments traces que les vignes de sols appauvris n'atteignent jamais. C'est ce qu'on appelle le goût de terroir : cette salinité, cette minéralité, cette complexité aromatique qui ne vient pas du cépage mais de la terre elle-même.
Di Filippo aime rappeler que ces pratiques ont un objectif qui dépasse le millésime en cours : permettre à ses enfants de continuer à cultiver cette terre dans les mêmes conditions. C'est peut-être ça, la définition la plus juste de la biodynamie — une agriculture qui pense à demain.
Dans notre gamme, c'est ce que vous trouvez dans chaque bouteille Di Filippo — du Grechetto léger et vif au Sagrantino DOCG puissant et complexe, en passant par le Villa Conversino du quotidien et le Montefalco Rosso de caractère. La même conviction, le même sol, les mêmes oies. Et quelque part, un peu de la lumière verte d'Ombrie dans votre verre.